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Pottier P 100

P 100, l’Aile Haute Metallique

En 1974, alors que Jean Pottier vient de terminer l’étude complète du P 70 B et qu’il s’apprête à fignoler la future version de série P 70 S, il dessine une machine biplace à aile haute destinée à son usage personnel. Trois années plus tard, et alors que Jean fait la connaissance de Jacques Chalard, un aéromodéliste chevronné et ajusteur de formation, cette machine va resurgir.

En effet, au mois d’octobre 1977, à l’occasion de la réunion de l’ACAAM qui se tient sur l’aérodrome des Mureaux, fief de Jean Pottier, Jacques Chalard fait part à Jean de son souhait de construire ce fameux biplace à aile haute. Jean Pottier ressort donc son étude P 100, dédiée au tourisme et au sport aérien, d’où son appellation TS.

Incursion dans l’aile haute

Ce biplace côte à côte présente la particularité d’être doté d’un aile haute d’une seule pièce, sans dièdre et sans haubans. Cet appareil est dessiné autour d’une structure métallique et est équipé d’empennages cruciformes et d’une gouverne de profondeur de type monobloc.

Après avoir étudié des appareils à ailes basses (P 20, P 40, P 50, JP-20/90 et P 80), médianes (P 70 et P 170), semi-hautes (P 30) et biplan (P 60), le P 100 TS représente le premier appareil aile haute de la famille des avions Pottier. Fidèle à sa ligne de conduite visant à proposer des machines à la portée de tous, Jean a dessiné son P 100 en fonction de la dimension des tôles disponibles sur le marché. Comme très souvent, et alors que notre ingénieur est très occupé et le constructeur amateur impatient, les plans du P 100 sortent au fur et à mesure de la construction du prototype. M. Chalard mène cette construction de main de maître puisque seulement un an après le début des travaux, l’appareil est mis en croix. Les plans, souvent sommaires, obligent nos deux hommes à se rencontrer souvent pour résoudre la multitude de petits problèmes. Cela dit et devant le professionnalisme de Chalard, Pottier est bluffé…En phase de finition, l’appareil est équipé d’un moteur Continental/Rolls-Royce O-200 de 100 ch provenant d’un Morane Saulnier MS 880 Rallye.

Pottier P100

Pottier P 100 en vol

Un avion très chargé !

Le 16 octobre 1980, après 4 000 heures de travail, le prototype du P 100 prend l’air depuis l’aérodrome des Mureaux, avec Jean Pottier aux commandes, et sous l’œil attentif et confiant du constructeur, car Jacques Chalard ne peut effectuer les essais lui-même n’étant pas encore breveté pilote privé.

Immédiatement, ce biplace ce révèle être très chargé au mètre carré. Si tout semble correct, l’aile, en revanche, se révèle un peu juste en envergure.

Au mois d’août 1982, La revue Aviation Magazine International publie un essai en vol du P 100 TS par son journaliste-pilote Daniel Pierre. Voici ce qu’il en dit : « La température est de 25° et nous utilisons seulement 1 000 mètres de la piste de Grenoble-Saint-Geoirs. Les volets sont au premier cran et nous sommes à la masse maximale. L’accélération initiale est correcte. A 80 km/h, début de rotation, la profondeur répond bien, le contrôle longitudinal est précis et l’effort bien adapté ; par contre l’avion n’accélère plus que très lentement. Nous décollons enfin vers 125 km/h et passons l’extrémité de piste à quelques mètres de hauteur. Nous gagnons péniblement quelques mètres et quelques kilomètres-heure, avant de rentrer les volets à 140 km/h ; le variomètre est d’environ 1,5 à 2 m/s. Ces performances peu brillantes au décollage et en montée peuvent provenir d’une hélice mal adaptée mais la raison semble en être une traînée induite trop importante. »

Si la recette d’une envergure relativement courte fonctionne plutôt bien sur les P 70, 80, 170 et 180, cette fois le bon compromis n’a pas été trouvé. Et Daniel Pierre de conclure : « Le Pottier P 100 TS de 6,7 mètres d’envergure devrait être montré à tous les gens qui prétendent qu’on peut faire voler un avion d’allongement faible peu motorisé. Ses qualités de vol transversal peuvent être marginales. Cet appareil pourra certainement devenir un avion correct en augmentant l’envergure d’au moins deux mètres. La vitesse en croisière s’en ressentira mais la sécurité y gagnera beaucoup. » Si Marcel Dassault disait « Un bel avion est un avion qui vole bien », le P 100 TS en est l’exception. Il est vrai que si ses performances et son comportement sont décevants, son look est plutôt réussi. Sa configuration de petit biplace côte à côte, à train tricycle, est plutôt sympathique… De plus, il convient de noter qu’en raison du non respect de l’épaisseur des tôles préconisée par Jean Pottier, le prototype construit par Chalard affiche une masse de 435 kg sur la bascule. L’appareil reçoit son certificat de navigabilité (CNRA) le 4 février 1981.

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Pottier P 100

Une cabine confortable

Cet appareil, à aile haute non haubanée, offre à ses occupants le confort d’une cabine largement dimensionnée, et accessible par une porte de part et d’autre du fuselage.

Cette disposition offre un autre avantage, la possibilité d’utiliser l’une des ailes comme toit d’une tente spécialement adaptée à l’avion, solution astucieuse aux problèmes de logement pour les escales d’été lors des vacances aériennes itinérantes…

« Le P 100, il n’y en a qu’un qui vole et il n’y en aura qu’un. C’est le loupé de la famille, cela arrive. Il a quand même plus de 600 heures de vol. Mais il faut reconnaître qu’il faudrait le reprendre. J’essaie de décider son constructeur, M. Chalard, de construire une autre aile, mais il ne veut pas. Ce serait le 105 avec l’aile agrandie et je suis convaincu, qu’ainsi modifié, il marcherait très bien. C’est un avion qui va bien en croisière, mais les décollages et atterrissages ne sont pas faciles. De plus, le prototype pèse 120 kg de plus que mes calculs. M. Chalard m’a avoué avoir utilisé des tôles de 0,8 mm au lieu des 0,6 mm prévues parce qu’il ne les avait pas payées. Difficile de résister à l’attrait du « gratuit » lorsqu’on est constructeur amateur… », précisait Jean Pottier.

Le 6 février 2000, le seul et unique prototype « Juliette Charlie » change de propriétaire. Son acquéreur, André Bodin, de Noyal-Chatillon, l’utilise pendant deux ans avant de le céder à nouveau à l’aéro-club de Châtellerault le 21 juin 2002. En novembre 2009, il est acquis par Jean-Louis Teppe, de Virieu-Le Grand, dans l’Ain.

Pour résumer, il est important de préciser que si le P 100 TS n’est pas une machine merveilleuse, cela est du à deux facteurs très importants : la masse du prototype largement supérieure aux calculs de Jean Pottier et une envergure globalement trop courte… Dommage, puisque cette magnifique machine aurait pu être pour les constructeurs amateurs ce que le Cessna 150 était aux aéro-clubs, c’est-à-dire une machine de grande diffusion permettant l’école de début, voire même le voyage. Par ailleurs, sa fabrication autorise une construction par des membres d’association et par conséquent un prix de revient à l’heure de vol particulièrement attractif.

On ne connaît pas avec précision le nombre de liasses de construction de P 100 vendues. Mais il convient de préciser que d’autres appareils ont été ou sont en cours de construction. Parmi ceux-ci, signalons le début de construction par M. Husson d’un P 100 TS ; malheureusement, et alors que les flancs sont terminés, ce dernier abandonne la construction.

Un autre constructeur, M. Trihoreau, est allé plus loin puisqu’il a terminé son fuselage et même effectué des essais moteur avant de revendre sa machine à un ami qui n’a finalement pas eu le courage de terminer cette construction. Le P 100, malgré sa diffusion très restreinte, n’en a pas moins recueilli quelques coupes à l’occasion de rassemblements de constructeurs amateurs. Lors du rassemblement RSA de 1981, qui a lieu à Brienne le Château, le P 100 TS de M. Chalard reçoit la coupe des commerçants de Brienne pour le meilleur prototype multiplace.

Cet appareil a également fait les beaux jours des aéro-modélistes. En effet, avant même que le prototype ne soit terminé, M. Labourdette, un ami de Jacques Chalard, a réalisé une maquette volante radio-commandée du P 100 TS. Dans ce domaine, il faut également noter la réalisation d’un P 100 TS en catégorie « cacahuète », c’est-à-dire une maquette de très petite taille et de masse minimale.

La variante triplace

Toujours très prévoyant, et en avance sur ses futurs modèles, en 1982 Jean Pottier dessine une nouvelle version à fuselage allongé de 50 cm, de configuration triplace, doté d’une envergure plus grande de 15 cm que celle du P 105 TS et équipée d’un moteur Continental de 145 ch. Ces travaux donnent naissance à un avion pour voyager en famille baptisé P 110 TS. Finalement, la charge de travail réclamée par les autres versions ne laisse pratiquement pas le temps à Jean pour réaliser le prototype. Peu importe puisque Georges Gaillard se lance dans la construction de ce modèle. A la mi-1984, le fuselage est présenté lors du rassemblement RSA des Mureaux. Depuis, plus de nouvelles… Espérons qu’un jour cette machine prendra son envol.

Si le P 110 TS promet d’être une bonne machine, Jean Pottier souhaite plutôt se consacrer au développement du futur P 180 S, un appareil biplace beaucoup plus prometteur.