Pottier P220

Pottier P 220

P 220 : Koala

En 1983, Jean Pottier se lance, avec son équipe de constructeurs amateurs des Mureaux, dans la réalisation d’un complexe qui regroupe plusieurs hangars et petits ateliers dédiés à la construction amateur. Après trois années d’un travail hebdomadaire suivi, l’ACAAM ou Association des Constructeur Amateur d’Avions des Mureaux est inaugurée.

Parallèlement au lancement de ce complexe aéronautique, Jean Pottier travaille sur l’étude d’un appareil biplace, à aile basse et structure métallique, une sorte de P 180 S modernisé et optimisé, répondant aux souhaits des constructeurs amateurs. Avec son fuselage à flancs galbés et sa masse à vide allégée, le nouveau venu est plus gracieux et alerte que son prédécesseur.

« Ce nouvel appareil possède un fuselage et une aile beaucoup plus légère que le P 180. Le P 220 est également beaucoup plus facile à construire. Son aile comporte deux fois moins de rivets », soulignait fièrement Jean Pottier. Ce nouvel avion pèse 40 kg de moins que son grand frère. Cela se traduit par un meilleur taux de montée, une meilleure vitesse de croisière et une plus faible vitesse en finale grâce à des volets de plus grande surface. Si l’aile est encore plus simple à construire que celle du P 180, en revanche, le fuselage réclame un peu plus d’attention de la part de l’assembleur.

Le prototype, immatriculé F-WYZM et construit par Michel Miard, vole pour la première fois au cours du mois de juillet 1987. Curieusement, ce prototype est peint de façon identique au P 180 S n°36 immatriculé F-PYPC. Après vérification, on constate que les deux appareils sont le fruit du travail du même constructeur, en l’occurrence Michel Miard, des Mureaux. Malheureusement, le prototype du P 220 est détruit seulement quelques mois après son premier vol, alors qu’il n’a que dix heures de vol, suite à un arrêt moteur consécutif à une fuite de carburant sur la tubulure d’alimentation. Et Jean Pottier de préciser : « En matière de sécurité passive, et là c’est le pilote qui parle, je mets toujours des renforts au niveau des habitacles. Ce n’est pas toujours justifié, mais je le fais systématiquement. L’expérience a montré que c’est utile. Lors de l’accident du prototype du P 220, le moteur a du reculer d’un centimètre dans l’habitacle, qui est resté intact, alors que le train a subit une contrainte de plusieurs tonnes pour être tordu de la sorte. Le pilote est sorti indemne de cet accident. »

Le second P 220 est l’appareil construit par M. Philippe. Il est équipé d’un moteur de fabrication allemande Limbach L2000. Le Koala, puisque tel est son nom de baptême, se caractérise comme une excellente évolution du P 180 jugé trop lourd. Léger et bien profilé sur le plan aérodynamique, ce nouveau venu atteint une vitesse de 190 km/h en croisière avec une puissance de seulement 75 ch.

Pottier P220

P 220 de Christian Castillo en vol

L’aventure tchèque

En 1993, à l’occasion du rassemblement du Réseau du Sport de l’Air (RSA), à Moulins, Jean Pottier rend public l’accord qu’il a signé au printemps avec un industriel de la République Tchèque. Cet agrément stipule que la firme Aerotechnik - qui produit, à Kunovice, les moteurs Walter Mikron et le motoplaneur biplace Vivat -, fabriquera et diffusera dans un premier temps les lots matière du P 220 vers tous les pays de l’ex-pacte de Varsovie, plus la zone germanophone et ce pour le compte de la société des Avions Pottier, qui se charge des autres pays.

Immédiatement, un exemplaire de cet avion arrive à Kunovice afin de pouvoir produire et livrer le premier lot-matière d’origine tchèque dès le mois de janvier 1994.

La société tchèque Aerotechnik aimerait, à terme, proposer un avion certifié CDN selon la norme FAR 23, mais ce n’est pas ce que souhaite Jean Pottier dans l’immédiat. Dès le début de la fabrication, le P 220 est produit et motorisé avec des moteurs d’origine tchèque (Walter Mikron) et allemande (Limbach).

Et Jean Pottier de préciser : « Le lot-matière n’est pas un kit, mais un moyen efficace de gagner du temps, et par conséquent de l’argent, sur la construction d’un appareil métallique, sans avoir à courir à droite et à gauche chez les différents fournisseurs. » Le succès ...

En 1995, Gérard Philippe estime le coût de la construction de son Koala - immatriculé F-PRMH - à 110 000 francs (soit 16 769 euros d’aujourd’hui) pour la cellule, le moteur et les instruments de bord. Gérard n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a largement participé à la construction, aux cotés de son ami Jean-Claude Delrive, du P 180 S F-PPMU. Cet appareil, commencé en 1984, est le premier à être construit à partir d’un lot matière. Il fait connaissance avec le ciel cinq ans plus tard. Professionnellement, notre homme possède également des atouts puisqu’il est responsable de l’atelier de montage de l’usine Dassault Aviation de Seclin, où s’effectue le montage des voilures de Falcon 900, de Mirage 2000 et de Rafale qui sortent d’usinage. Après avoir fait l’acquisition de son lot-matière Avions Pottier, Gérard Philippe se met à l’œuvre dès le mois de janvier 1992 avec comme objectif de réaliser cet avion en moins de deux ans et demi. Pari tenu puisque ce constructeur-amateur fait voler son avion le 10 octobre 1994, après moins de 3 000 heures de travail. Cela peut paraître important, mais au regard du travail fini, on est plus proche des avions Dassault que d’un avion de construction amateur standard. Si la réalisation des ailes ne réclame que 400 heures de travail, celle du fuselage est beaucoup plus importante. Equipé d’un moteur de fabrication allemande Limbach L-2000-DA2X qui développe 75 ch à 3 000 tours/minute, le « Mike Hôtel » grimpe à 750 pieds par minute jusqu’à 2 500 pieds avec deux occupants et 30 litres de carburant. Sa faible envergure lui procure un taux de roulis très agréable, de l’ordre de 180 degrés par seconde. Homogène aux commandes, le P 220 S Koala est véritablement séduisant. Sa grande verrière offre une visibilité panoramique tout à fait appréciable. Avec 180 km/h à 3 000 tours/minute, ce charmant petit biplace invite au voyage. Le décrochage en lisse est des plus paisibles avec une abattée similaire au Morane-Saulnier MS 880 Rallye qui intervient autour de 70 km/h pleins volets. Avec une vitesse de 120 km/h en finale, et 45° de volets, le P 220 se pose et s’arrête après seulement 200 mètres de roulage.

Lors du rassemblement RSA de Moulins, en 1995, Gérard Philippe se voit attribuer la Coupe SFACT ainsi que la Coupe Pottier, pour la réalisation de son magnifique P 220 S.

A noter également, la superbe réalisation de Christian Castillo. Construit en 25 mois, de janvier 1995 à février 1997, à partir d’un lot matière proposé par Jean Pottier, ce P 220 S est de toute beauté. Motorisé avec un groupe Volkswagen de 75 ch, le Koala immatriculé F-PREU - que l’on retrouve en photo d’ouverture de ce chapitre - se révèle performant et économique, en deux mots fidèle aux espérances de son concepteur. Parmi les déclinaisons étudiées, il faut noter une version ultra-légère du Koala baptisée P 220 L. Il semble que cette version n’ait jamais été construite.

Un best-seller

Le P 220 S fait partie des best-sellers de Jean Pottier avec plus de 200 liasses de plans vendues et plus de 50 avions en vol tant en France qu’à l’étranger. Parmi les Koala « exotiques » signalons des Suisses, des Néerlandais, des Allemands, etc. Bref, cet avion remporte un succès quasi planétaire, de quoi rendre jaloux certains industriels de l’aviation légère. Les Avions Pottier seraient-ils le deuxième constructeur aéronautique européen derrière Airbus ?

Par ailleurs, le nouvel appareil dessiné par Jean Pottier séduit de nombreux industriels qui souhaitent le produire en série et le commercialiser. Mais, conçu comme avion de construction amateur, c’est-à-dire sous un régime réglementaire de certification restreinte (CNRA), la fabrication en série ne peut être envisagée. Pour cela, il faut certifier le nouvel avion selon la procédure de la Direction Générale de l’Aviation Civile et obtenir un certificat de navigabilité (CDN). Cette démarche complexe a un coût que Jean Pottier ne peut envisager.

Dans un premier temps, ce sont donc des industriels polonais et tchèques qui se lancent dans cette démarche de production en petite série. On assiste alors à la naissance de nombreux dérivés du P 220 Koala en Pologne et en République Tchèque.

Pottier P180

Pottier P 220

AT3, la déclinaison polonaise

C’est principalement le constructeur polonais Aero Sp, installé près de Varsovie, qui prend l’initiative en proposant un appareil rebaptisé Aero AT3. Les deux premiers exemplaires sont construits en 1999 sous la désignation AT2 et équipés de moteurs Limbach L-2400 de 86 ch.

A nouveau modifié par l’ingénieur polonais Tomasz Antoniewski en 1997, l’AT2 est bien évidemment très largement inspiré du Pottier P 220 S Koala et prend alors la désignation d’AT3.

C’est un appareil de construction métallique, la structure étant en duralumin avec un revêtement semi-travaillant, mais cette structure intègre également des éléments en matériaux composites à base de fibres de carbone et de fibres de verre.

Deux prototypes sont mis en chantier en 1997, le premier étant destiné à défricher l’enveloppe de vol et le second aux essais statiques. Le premier vol a lieu en 1999 avec un moteur Limbach L2400 de 86 ch. La certification polonaise est obtenue en mai 1999 et 5 exemplaires de série sont livrés en 2002 à l’Aero Club de Pologne et à l’Aero Club de Varsovie. Depuis 2004 l’AT3 est commercialisé en kit pour la construction amateur sous la désignation de AT3 SK (SK pour Special Kit).

En 2002, une seconde série de trois machines voit le jour équipée, cette fois, du moteur Limbach L-400 EF de 100 ch. Le 16 août 2002, la version définitive baptisée AT3 R100 effectue son vol inaugural, motorisée par un Rotax 912S de 100 ch. Elle diffère de ses prédécesseurs par son capot moteur plus long de 27 cm imposé par le nouveau groupe motopropulseur, plus léger de 22 kg par rapport au moteur allemand Limbach.

Rebaptisé AT3 R100, l’appareil obtient sa certification britannique par l’administration de l’aviation civile (CAA) en octobre 2004, puis sa certification européenne AESA le 12 février 2003, dans la catégorie JAR/VLA. L’appareil est, à l’époque, distribué en France par la société Thibault Aéro qui a toujours informé ses clients de la genèse de l’AT3 ainsi que dans les différents essais publiés dans les revues aéronautiques, ce qui n’a pas toujours été le cas pour les autres dérivés… Il est aujourd’hui importé et distribué en France par la société Aero Stock.

Pottier P220

P 220 Allemand

Eurostar, le clone tchèque

La société Aero International, basée sur l’aérodrome de Cholet-Roland Garros, commercialise en France l’Evektor-Aerotechnik Eurostar, un appareil répondant à la réglementation française des aéronefs ultra-légers (ULM) dérivé du P 220 S de Jean Pottier.

Doté d’un moteur Rotax 912 S de 100 ch, d’une masse à vide de 270 kg, d’une envergure de 8,10 m et d’une surface alaire de 9,84 m², sa vitesse de croisière est de 205 km/h et sa vitesse à ne pas dépasser (VNE) de 270 km/h pour une consommation de 14 litres à l’heure. Construit en République Tchèque par Evektor-Aerotechnik, cette copie diffère de l’avion original par sa gouverne de direction plus imposante et surtout sa gouverne de profondeur en deux parties en lieu et place de la gouverne de profondeur monobloc du Koala.

Il faut également signaler l’existence de l’Aerotechnik P 220 S Koala équipé d’un moteur Walter Mikron à 4 cylindres en ligne. Sur cet avion, la gouverne de profondeur est conforme aux plans de Jean Pottier, c’est-à-dire de type monobloc. « Accord tacite puis production sans tenir compte des accords passés entre Jean et l’industriel tchèque. De plus, Jean trouvait que ce moteur cassait complètement les lignes de l’appareil. Il en a fait de même avec des Polonais (Aérostar) qui ont fabriqué le P 220 AT3 (puis AT3) qui est actuellement produit en série et même commercialisé aux Etats-Unis, toujours sans qu’il y ait eu la moindre somme versée, mais l’accord était cette fois plus clair. Jean avait accepté de leur offrir le P 220 afin qu’ils puissent développer leur société.

Le vrai piratage, dont la presse a largement fait écho, concerne le Storm Fury construit en Italie par la société Storm Aircraft. Pour l’histoire, les plans du P 230 auraient été récupérés à Toulouse, puis cette machine a été construite en série et commercialisée sans aucun accord verbal, ni écrit, et sans aucune rencontre de quelque nature que ce soit avec Jean Pottier », précise Philippe Pottier.