Pottier P230

Pottier P 240

P 240, Saïga : Le Quadriplace

Afin de poursuivre le développement de sa gamme vers le haut, Jean Pottier planche dès 1986, sur une évolution de son P 230 S pour en extrapoler une machine plus imposante. Baptisé en toute logique P 240 S, et du nom de Saïga, ce quadriplace à aile basse est toujours conçu autour d’une structure métallique chère à notre concepteur et reprend la forme générale du triplace Panda.

Au niveau de la motorisation, c’est un puissant Lycoming O-360 de 160 ch entraînant une hélice bipale en bois Alain Léger qui est recommandé par Jean Pottier. Ce moteur doit permettre au P 240S de croiser à 225-235 km/h à 75% de sa puissance. Le prototype du P 240 Saïga - immatriculé F-PLDV - est réalisé par les élèves du Lycée d’enseignement professionnel Léonard-de-Vinci de Bressuire, sous la direction de Jean-Claude Herbulot et ce pour le compte de l’aéro-club du Bocage, installé sur l’aérodrome de Rorthais, près de Mauléon.

Rien d’extraordinaire à ce qu’on trouve ce proto dans les installations du LEP de Bressuire. Jean Pottier est le plus « construit » en milieu scolaire. Son expérience dans ce domaine remonte à la fin des années soixante-dix, lorsque les fuselages et empennages de trois planeurs Kit Club 15-34 (dont une cellule d’essais statiques) sont fabriqués par les élèves du lycée technique de Livry-Gargan, sous la direction de Jean Magne.

Nous sommes en 1986. Jean Pottier vient de finaliser l’étude de l’avion et il cherche un construceur pour concrétiser ce nouveau projet. Il se trouve qu’Edmond Bonnet, chef d’établissement du LEP Léonard-de-Vinci, à Bressuire, prête une oreille attentive à Jean-Claude Herbulot, professeur de mécanique, qui lui propose le projet de construction d’un avion. Le contact avec Jean Pottier se fait par l’intermédiaire de Charles Biré, constructeur du premier P 230 et « Pottiériste » convaincu, qui demeure à proximité du LEP. Le P 240 verra le jour sous la forme d’un projet d’action éducative.

Lorsqu’il entreprend l’étude du P 240, Jean Pottier conçoit cette machine comme un quadriplace de la classe du SOCATA TB 10. La motorisation basée sur un Lycoming de 180 ch est envisagée dès le début de l’étude, de même qu’une autonomie raisonnable.

Techniquement optimisé

Chez Jean Pottier, l’idée d’un avion quadriplace n’est pas neuve, pour preuve le P 110. Cet avion à ailes hautes dérivé du biplace P 100 était un tri-quadriplace doté d’une banquette arrière. Le résumé du cahier des charges du P 240 Saïga tient en une phrase : « faire aussi bien que le TB 10, c’est-à-dire transporter quatre personnes sur 1000 kilomètres en essayant de voler plus vite », selon Charles Biré. Tout cela dans d’excellentes conditions de confort, sous-entendu un habitacle spacieux.

Le P 240 est extrapolé du P 230 et utilise des outillages communs au P 220 et P 230. Autrement dit, la voilure, du point de vue aérodynamique, est celle du P 230. Elle voit toutefois sa structure renforcée et elle s’adapte désormais sur un plan central qui intègre les réservoirs de carburant. Seule différence, les extrémités d’ailes sont démontables.

Le fuselage est celui du P 230 qui est allongé. Même opération d’élongation pour la dérive. L’empennage est également celui du P 230. Au niveau de la voilure, les solutions aérodynamiques retenues pour le P 240 sont les mêmes que pour le reste de la famille, c’est-à-dire qu’elle est dessinée autour d’un profil NACA 4415. Avantage de ce dernier, il dispose d’une bonne épaisseur relative (15 %) - d’où un longeron plus léger - et un bon comportement aux basses vitesses. Inconvénient de ce profil déjà ancien, il traîne plus que les profils laminaires modernes du type NLF ou GAW. Cependant, la traînée étant surtout due au fuselage, il s’avère que sur le bilan global, compte tenu de la vitesse de 120 à 130 kts (220 à 240 km/h), ce profil n’est pas trop pénalisant.

L’autre avantage de ce profil réside dans la facilité de construction des nervures car il présente un intrados plat. Les nervures sont donc plus simples à fabriquer, d’où l’utilisation constante de ce profil sur tous les avions Pottier métalliques. Enfin, sur cet avion, l’allongement de 7,4 privilégie le comportement à faible vitesse, au décollage et à l’atterrissage.

Le Pottier P 240 Saïga est un monoplan à ailes basses en porte à faux, à train tricycle fixe, entièrement construit en alliage d’aluminium.

L’aide de la fédé

La Fédération National Aéronautique aujourd’hui Fédération Française Aéronautique (FFA) a subventionné le projet. Entre la signature de la convention et le premier vol, celui-ci a demandé quinze années de travail, c’est-à-dire de 1987 à 2002. Après avoir effectué les essais en vol réglementaires, l’appareil est certifié en CNRA le 7 mai 2002.

Le prototype reste malheureusement orphelin pour des raisons d’approvisionnement de matière. Effectivement, il a été pensé avec un plan central constitué de profilés dont la production industrielle a depuis été arrêtée. La seule solution pour remédier à ce problème est de fabriquer un longeron usiné, ce qui entraîne un coût prohibitif pour un constructeur-amateur. C’est pour cette raison, que le P 240 est remplacé au catalogue des avions Pottier par le futur P 270 composé d’un savant mélange d’éléments de structure d’avions Pottier antérieurs comme le P 230.

Cet avion, après avoir changé plusieurs fois de propriétaires, est aujourd’hui entre les mains de Luc Rotureau.

Le marché des quadriplaces de construction amateur est relativement étroit du fait de l’investissement demandé à la fois en termes de moyens financiers et du nombre d’heures de travail nécessaire à la réalisation. Peu de constructeurs se lancent dans cette aventure et préfèrent un biplace, moins coûteux à la construction et surtout en exploitation. Le beau quadriplace conçu par Jean Pottier n’aura donc pas eu le succès qu’il mérite. De plus aucun industriel de l’aviation légère n’a manifesté d’intérêt pour construire cet avion sous licence.

Pottier P270

Pottier P 270

Amster et Wallaby

Comme nous l’avons écrit dans le chapitre 13, Jean Pottier a arrêté la diffusion de la liasse de plans du P 240 Saïga suite à des problèmes d’approvisionnement de matériaux, en l’occurrence de ceux nécessaires à la réalisation du longeron. Pour cette raison, en 1989, le P 240 Saïga est remplacé au catalogue des Avions Pottier par le nouveau P 270 Amster, un appareil quadriplace composé d’un savant mélange d’éléments de structure provenant d’avions Pottier antérieurs.

Sur le nouvel avion, Jean a renforcé l’aile du P 230 pour permettre d’encaisser les facteurs de charge plus importants engendrés par l’adjonction d’un siège supplémentaire, afin de transformer la cellule d’origine triplace en configuration quadriplace, et également pour permettre l’installation d’un bloc moteur de plus forte puissance.

Le fuselage du P. 270 se compose donc d’une partie avant allongée de P 230 et d’une partie arrière, y compris les empennages, du défunt P 240. Avec une largeur cabine de 1,10 m au niveau des épaules, Jean a tout fait pour proposer, avec ce nouvel appareil, un habitacle offrant un confort appréciable. Calculé pour recevoir des puissances de 150 à 200 ch, ce nouveau quadriplace entièrement métallique, à aile basse, est taillé pour le voyage. Le prototype de cet appareil, immatriculé 
F-PJLM, est construit par Jo Le Mouel, à Pontivy. Le premier vol a lieu le 19 novembre 1997.

Pottier P270

Pottier P 270

Wallaby

Le P 270 Wallaby est une version légèrement différente du Amster. Les principales différences se situent au niveau de la dérive et de la profondeur qui est de type conventionnelle en lieu et place de celle des avions Pottier de la série 200 qui est de type monobloc.

Cet appareil ne connaîtra pas un grand succès commercial. Il est vrai, comme cela a déjà été écrit, qu’un quadriplace, même en certification CNRA, représente un investissement en heures de travail et en coût d’exploitation particulièrement important.

Il n’en reste pas moins vrai, que le P 270 S complète intelligemment la gamme des avions conçus par Jean Pottier.