Pottier P40

Prototype Pottier P40

P 40, l’Aile Volante selon Jean Pottier

Après avoir étudié les monoplaces P 10 à aile basse, le P 20 à aile haute et enfin le P 30 Petrel à aile médiane, en 1968, le 11 août pour être précis, Jean Pottier calcule et dessine une aile volante monoplace de formule Abrial [1], en bois et toile, baptisé P 40P. Et Jean de préciser : « A cette époque, je connaissais Georges Abrial, et c’est lui qui m’a amené à concevoir une aile volante ».

Déjà en 1945, un avion de formule aérodynamique similaire avait vu le jour sous le nom de 
SNCASE SE.2100. Equipé d’un moteur Renault 4 Pei de 140 ch entraînant une hélice propulsive, cette curieuse machine disposait d’une dérive à chaque bout d’aile. Étudié par Pierre Satre, ingénieur aéronautique particulièrement imaginatif et futur père du SE-210 Caravelle, l’appareil de tourisme dit « sans-queue » de 9,89 m d’envergure et de 518 kg de masse à vide, restera sans suite jusqu’à l’apparition du Pottier P 40P, soit 31 ans plus tard.

En fait, Jean s’est plutôt inspiré des travaux de Charles Fauvel - célèbre concepteur d’une famille d’ailes volantes dès 1951 - pour créer cette machine. Le seul point commun entre le P 40P et l’avion de Pierre Satre est illustré par les dérives situées en bout d’aile et offrant une surface fixe de 0,50 m² et une surface mobile de 0,40 m², afin d’assurer la stabilité en lacet. L’aile dispose d’une corde maximale de 1,50 m et d’un allongement de 4,5. Le profil Abrial 4, de 17 % d’épaisseur relative, représente un bon compromis. Le fuselage monoplace offre une largeur cabine de 62 centimètres aux niveau des épaules et une hauteur de 92 centimètres. Le moteur dérivé d’un bloc quatre cylindres à plat Volkswagen délivre une puissance de seulement 35 ch et entraîne une hélice propulsive en bois.

Le prototype du P 40P, immatriculé F-WYBF, est construit par Bela Nogrady. Après seulement quelques vols réalisés en 1976, à Pau, par Christian Briand, l’appareil après une sortie de piste est remisé au fond d’un hangar puis abandonné.

ULM Pottier

P40 au Musée de Bruxelles

Destination Belgique

Mais la carrière du P 40P n’est pas terminée pour autant. Probablement acquis par un pilote belge, ce prototype a pris le chemin de la Belgique pour y être remotorisé avec un moteur autrichien Rotax deux temps, très probablement un 582 ou son ancêtre, afin d’en faire un ULM.

Hélas, aucune information n’est disponible sur le devenir de cet avion remotorisé. Ironie du sort, depuis quelques années, ce P 40P est suspendu, non loin d’un biréacteur de transport commercial Sud-Aviation SE-210 Caravelle aux couleurs de « feu » la compagnie aérienne belge SABENA, dans le hall « Aviation » du Musée royal de l’armée et d’histoire militaire belge, à Bruxelles.

P 140, l’aile volante biplace

En 1976, Jean Pottier calcule et dessine une version biplace qu’il baptise P 140. Notre ingénieur, et c’est important pour la suite de la compréhension de cet ouvrage, prendra l’habitude d’ajouter un 1 devant le chiffre de la version monoplace pour désigner la version biplace dérivée. Ainsi le 170 est le biplace du 70, le 180 le biplace du 80 et ainsi de suite…

Ce nouvel appareil devait être doté d’un train d’atterrissage qui aurait pu être conçu sous deux formes, soit de type monotrace avec des balancines, comme certains avions et motoplaneurs de René Fournier, soit en configuration tricycle conventionnelle.

Doté d’un fuselage plus long et d’une puissance moteur accrue, le biplace P 140 diffère du P 40 par ses dérives de bouts d’ailes trapézoïdales et son plan canard implanté à l’avant du fuselage. Plus communément baptisé « moustaches », ce dispositif, situé entre la pointe avant du fuselage et la verrière à l’instar des VariEze et autre Long-EZ du non moins célèbre concepteur américain Burt Rutan, permet d’assurer une stabilité longitudinale satisfaisante.

C’est un moteur de conception française JPX de 2045 cc développant 70 ch, conçu par Buchoux sur une base Volkswagen, qui devait propulser cette aile volante biplace. Malheureusement, ce projet P 140 sera dessiné mais jamais construit.