Pottier P40

Pottier P 50

P 50 Bouvreuil, un Design d’exception !

En ce début de mois de septembre 1968, Jean Pottier, qui a terminé ses études, est appelé sous les drapeaux afin d’y effectuer son service national sur la Base Aérienne 705 de Tours.

C’est là qu’il fait la connaissance de Christian Briand et de Christian Ravel deux passionnés d’aviation avec qui Jean va très vite sympathiser. Ensemble, ils vont participer à l’étude du Bouvreuil, un nouveau projet que Jean a dans la tête depuis quelque temps.

Et le concepteur de préciser : « Les plans du P 50 Bouvreuil ont été faits, je ne l’oublierai jamais, le jour de ma piqûre TAB/DT, en 1968. J’en conclus qu’il faut que je sois « shooté » au vaccin pour dessiner des avions corrects ! »

Effectivement, la cinquième création de Jean Pottier est issue d’une conversation avec son copain de chambrée Christian Ravel, au cours de laquelle ce dernier lui fait part de ses fantasmes en matière d’avions. Finalement, le nouvel avion est calculé et dessiné dans ses moindres détails et, dans un premier temps, en version train classique fixe. La cellule est réalisée en construction bois marouflé. L’aile, de forme en plan trapézoïdale, est réalisée d’une seule pièce. Le train d’atterrissage du futur appareil est équipé de freins à tambour à commande hydraulique. Enfin, le nouvel appareil est équipé d’un moteur Continental-Rolls-Royce O-200 développant 100 ch.

Le Bouvreuil - puisque tel est son nom de baptême - est très certainement un des plus beaux dessins de Jean Pottier avec les JP-20/90 Impala et P 60 Minacro. Aujourd’hui, on parlerait d’un « design exceptionnel ». Le P 50 Bouvreuil se définit comme un monoplace de sport à aile basse en porte-à-faux, à train d’atterrissage classique et empennage cruciforme, de construction entièrement en bois.

« En juillet 1970, alors que Jean conçoit le P 50 Bouvreuil, il est victime d’un grave accident de la route, percuté de face par un camion. Il s’en sort avec pas mal de contusions et un bras cassé. Malheureusement, à l’hôpital, il contracte une septicémie qui a bien failli lui être fatale. Il m’a avoué, quelques années plus tard, qu’il s’était accroché à la vie pour pouvoir terminer les plans du Bouvreuil », précise Philippe Pottier[3]. Et Jean-Pierre Chagnon[4] de rajouter : « Je pense qu’il avait une multitude de projets en cours car c’était pour lui un moyen de survie. Il me reste du travail, donc je ne peux pas partir… C’était finalement ça ! »

Pottier P50

Pottier P 50

Bouvreuil à train rentrant

C’est finalement dans une version quelque peu modifiée et plus compliquée que le Pottier P 50 est construit. Effectivement, c’est dans sa configuration « TR », pour Train Rentrant ou escamotable, que le prototype du Bouvreuil est dévoilé au public pour la première fois le 27 juillet 1979, date de son premier vol. Réalisé par le constructeur suisse Michel Sugnaux - président du RSA suisse - l’avion n° 04 est immatriculé HB-YBF. La mécanique du train et des volets, de type Fowler [6] à commande électrique, de fabrication maison, est une merveille de mécanique de précision. Sous les ailes, des points de fixations de réservoirs amovibles ont été installés. Huit années de travail ont été nécessaires pour mener à bien ce projet de construction du prototype. Jean Pottier et l’Office Fédéral de l’Air (OFA) ont suivi toutes les étapes de cette réalisation complexe, mais on ne peut plus belle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la finition est remarquable… Probablement la fameuse « précision suisse ».

Dès le début des essais en vol, le P 50 TR Bouvreuil se comporte magnifiquement bien. Les essais se font suivant un programme bien précis, proposé par Jean Pottier et approuvé par l’OFA, sur la piste en herbe d’Yverdon, en Suisse.

Il n’entre ni dans la catégorie des Racers, ni dans celle des monoplaces économiques, mais il a de quoi séduire ceux qui placent, dans les qualités d’un avion, l’esthétique au même plan que les performances. Finalement, le Bouvreuil est un avion de voyage aux capacités de voltigeur avec une cellule calculée à +10/-7g. Ses lignes élégantes de mini-chasseur sont encore agrémentées par sa verrière coulissante, du plus pur style P-51D Mustang, très réussie, et un train rentrant à large voie dont les trappes occultent intégralement les puits de roues.

Lors du rassemblement RSA de 1981, qui a lieu à Brienne, le P 50 TR de Sugnaux se voit attribuer la coupe de l’Aéro-club de France pour l’avion de construction étrangère le mieux classé et la coupe du Syndicat d’Initiative de Brienne, c’est-à-dire un prix d’élégance décerné par un jury…féminin. Quel succès ces courbes, Monsieur Pottier !

Pour l’anecdote, Michel Sugnaux a construit son avion dans son grenier et le jour où il a fallu le sortir, le mur extérieur de la maison a dû être démoli au niveau de ce grenier pour qu’une grue puisse descendre l’avion ! Malheureusement, et suite à une inondation sur l’aérodrome d’Yverdon, le magnifique P 50 TR helvétique (Bravo Fox) est retiré du registre des immatriculations le 17 décembre 1997. Michel Sugnaux a renoncé à le remettre en état car, souligne-t-il : « Il m’est très difficile de voler avec des amis car je fais plusieurs fois le tour de la Suisse pendant que mes amis ne font qu’un tour ! ». Il s’est depuis reconverti dans le vol à voile.

Trois appareils seront assemblés par des constructeurs autrichien, allemand et plus récemment luxembourgeois, mais hélas par aucun français.

Pottier P50

Pottier P 50 en vol

P 50 R, le voltigeur

Le Bouvreuil R n’est autre qu’une version du P 50 destinée à la voltige. Cette variante est dotée d’une structure et d’une voilure renforcée qui offrent un coefficient de résistance structurale très sécurisant calculé à +12 et -7g extrême et +8/-5g en limite. Cette version à été calculée, conçue, mais jamais construite.

Finalement, les quatre liasses de plans de Bouvreuil vendues donneront naissance à quatre appareils : le TR de Michel Sugnaux à la fin des années 1970, les P 50 allemand et autrichien puis, récemment, le luxembourgeois. Les quatre constructeurs étrangers seront finalement venus à bout du long travail de fabrication de ce superbe avion performant mais pas facile à construire du fait de son fuselage ovoïde.

C’est probablement pour cette raison que peu de liasses de plans ont été vendues… dommage. Espérons que l’avenir nous permettra de voir voler, un jour, d’autres Bouvreuil dont au moins un français. Ce magnifique appareil a également séduit les aéromodélistes qui ont vite compris que la beauté d’une machine permettait de remporter des concours. C’est ainsi que dans son n°521 du mois d’avril 1983, la revue d’aéromodélisme MRA - le Modèle Réduit d’Avion - publie les plans d’un P 50 Bouvreuil à l’attention de ses lecteurs-constructeurs. Plusieurs maquettes volantes d’excellente facture ont été réalisées, dont celle de Roland Barboyan, de Périgueux, qui remporta plusieurs coupes.

Pottier P50

Pottier P 50

P 150, le Bouvreuil biplace

En janvier 1986, dans un désir d’étoffer son offre, Jean Pottier calcule et dessine une version biplace de son magnifique avion de sport P 50 Bouvreuil.

La dénomination 150 pourrait être accompagnée des lettres TR puisque cette version allongée n’est conçue qu’équipée d’un train d’atterrissage escamotable. Et Jean de préciser : « Daniel Poulet devait d’ailleurs construire le prototype, puis les années ont passé, les relations entre nous se sont dégradées et l’avion n’a donc pas été construit. »

Dommage, puisque Daniel Poulet est un constructeur particulièrement connu pour la qualité de ses magnifiques réalisations d’avions Piel de type Béryl.

Le P 150 se caractérise par une verrière très profilée que le concepteur qualifie de « couchée » ce qui favorise le dessin général et l’aérodynamique au détriment d’une médiocre visibilité vers l’avant. Mais qu’importe, le P 150 est un avion rapide qui doit offrir une vitesse de croisière de 200 kt (370  km/h) pour une puissance de 200 ch.

Le P 50 Bouvreuil n’a pas eu le succès souhaité par Jean Pottier. En clair, cet avion a les défauts de ses qualités et en premier lieu, le fait qu’il soit monoplace limite bien évidemment sa diffusion. D’autre part, l’arrivée des avions métalliques de la Série 100, bien que forts différents à de nombreux égards, a détourné l’intérêt des constructeurs pour cette superbe machine.