Pottier P40

Pottier P 60 Minacro

P 60 : Minacro, le Biplan Voltigeur

Vers la fin des années 1960, la vogue des biplans de voltige américains, notamment les Pitts, ne laisse pas Jean Pottier indifférent. Sans tarder, en 1968, il dessine son premier biplan : le P 60 A Minacro. Cet appareil est un monoplace de sport à conduite torpédo - c’est-à-dire sans verrière - de formule biplan, à voilure dépourvue de flèche et empennage cruciforme. Le train d’atterrissage classique est à amortissement par lame en alliage léger type duralumin, la roulette de queue conjuguée avec la gouverne de direction facilite la conduite au sol. La cellule est prévue pour des puissances comprises entre 65 et 120 ch. Entièrement réalisée en bois et toile, la cellule du Minacro est calculée au coefficient acrobatique c’est-à-dire à +9/-6 g extrême et +6/-3 g en charge limite.

Paradoxalement, c’est en Autriche que le prototype est construit et où il est immatriculé OE-AGM. Le premier appareil français est quant à lui réalisé par M. Gérard Caminade. Ce Minacro présente la particularité d’être motorisé avec le fameux et regretté moteur quatre cylindres à plat de conception française Potez, développant 105 ch. Si ce moteur ne développe que 5 ch de plus qu’un Continental O-200, il possède, comme se plait à le rappeler Jean Délémontez, - le concepteur des Jodel - une meilleure courbe de puissance.

Cette sympathique petite machine séduit dès le premier regard. Le premier vol du P 60A français (F-WRIJ) intervient le 15 septembre 1992 à Sarlat. L’avion est jaune avec une décoration inspirée des biplans américains de voltige Christen Eagle. « Ce minuscule biplan en bois et toile fut l’une des révélations du rassemblement RSA de Moulins 1993. Avec son faux air de Pitts à la française, déguisé en Christen Eagle, cet avion de sport ou de voltige en a surpris plus d’un : oui, c’est un Pottier ! », précise Christian Ravel.

Pottier P50

Pottier P 60 Biplan

Malgré ses dimensions réduite, l’habitacle du P 60 offre une habitabilité plus que généreuse pour son pilote, avec en prime, une place illimitée vers le haut pour les grands gabarits…torpédo oblige. Aux commandes de la bête, on se prend vite pour un pilote de Pitts. Le bruit magique du moteur Potez laisse penser que la puissance est bien supérieure au 105 ch annoncés.

D’ailleurs à ce sujet voici ce que Christian Ravel a dit, après avoir essayé l’India Juliette : « Le son particulier du Potez est amplifié en plus sourd par le fuselage. Ce son est rassurant. Peut-être avez-vous remarqué que certains avions ont des sons « d’avions d’hommes » alors que d’autres font penser à une mouche eunuque et affolée. Là, on sent du puissant et du sécurisant. » (Merci Christian pour ta définition de la mouche eunuque, on ne l’avait encore jamais entendue celle-là…).

« Avec un rapport poids/puissance de 4,7 kg/ch, le P 60 bondit tel un félin pour décoller après seulement 100 m de roulage et 210 m avec le passage des 15 mètres. Avec 160 km/h en montée, le Minacro affiche un taux de montée de 6 m/s, ce qui n’est pas mal du tout puisque cela correspond à 1180 ft/min. C’est tout simplement mieux qu’un CAP 10B. Sur le MJ2D Tempête que je possédais jadis, les ailes étaient très courtes (6 m d’envergure) mais là, avec seulement 5 mètres, c’est encore plus court. La plupart des figures passent avec une vitesse de départ de 220 km/h contre 250 pour le CAP 10B ou C. Le P  60 A n’est pas vicieux mais réclame un pilote confirmé à ses commandes. Si ce dernier a commencé par le vol à voile, c’est l’idéal car la bête n’est pas faite pour les « constipés » des pieds. La finale s’effectue à 130 km/h, comme sur le Tempête. L’atterrissage trois points ne pose aucun problème pour un pilote entraîné sur train classique. Au regard de la grand majorité d’avions métalliques dans la gamme Pottier, on s’étonne que Jean ait pu faire une machine en bois et toile aussi merveilleuse… C’est peut-être pour cela que Jean était un génie. D’ailleurs, le merveilleux P 50 Bouvreuil finit d’enfoncer le clou en matière d’avion Pottier en bois. »

Très alerte aux commandes, le Minacro permet de voltiger en toute sérénité puisque sa résistance structurale est très importante et la VNE élevée… Compte tenu de sa faible envergure, le taux de roulis demeure très vif.

Pottier P50

Pottier P 60 en vol

P 160A, le Minacro biplace

Le succès de la formule biplan de voltige ne se fait pas attendre et bon nombre d’amateurs demandant à Jean Pottier d’étudier une version biplace, ce dernier s’exécute dès 1989. Comme à l’accoutumé, il s’installe derrière sa planche à dessin pour allonger le fuselage et installer un deuxième siège, dans une configuration en tandem. Cette transformation requiert de la part de notre concepteur un grand nombre d’heures de travail car il faut réaliser une refonte du fuselage et de sa structure. En parallèle, Jean effectue les calculs nécessaires à la résistance de ce nouvel appareil. Plus lourd, le futur biplace va devoir être équipé d’un moteur plus puissant. C’est donc un moteur américain Lycoming IO-390, à quatre cylindres à plat, développant 200 ch qui est sélectionné. La verrière prévue est celle du P 170 qui est elle-même issue du moule réalisé par Daniel Poulet, des Mureaux, pour son biplace Piel CP 750 Béryl.

Au niveau du look extérieur, le biplace P 160 se distingue de son aîné monoplace par sa verrière fermée et sa dérive à la forme plus arrondie. En ce qui concerne la structure, il semble que peu de modifications aient été apportées par le concepteur et on retrouve la technologie du bois et toile appliquée sur la version monoplace. A notre connaissance, le seul et unique prototype de cette nouvelle version biplace est toujours en cours de construction chez M. Eric Kowalewski.

Mini Minacro !

Ce biplan a non seulement fait école dans le milieu de la construction-amateur mais aussi et surtout dans celui de l’aéromodélisme. En effet, la publication dans le n°158, de juin 1994, du magazine RCM (Radio Commande Magazine) des plans du P 60 avec une aile de 0,90 m d’envergure, a motivé de nombreux aéro-modélistes qui en ont décliné une maquette radio-commandée d’excellente facture. On peut admirer ces appareils en évolution au cours de meetings dédiés à cette discipline. En page de droite, quelques photos de deux réalisations en maquette radio-commandée du Pottier P 60A Minacro.

Commercialement, le biplan Minacro n’a pas vraiment eu le succès escompté. Avec seulement dix-huit liasses de construction vendues et sept avions construits dont un en Autriche, le P 60 Minacro est très certainement une des productions les plus méconnues de Jean Pottier. Et pour cause, ce biplan ne reprend pas vraiment la philosophie de conception des avions de cet ingénieur et il est fort probable que sur les aérodromes peu de pilotes se doutent que c’est là une conception originale des Avions Pottier.