jean pottier

Jean Pottier présente une de ses premières réalisation en aéromodélisme : un superbe planeur

jean Pottier : la génèse

Benjamin d’une fratrie de quatre enfants, Jean, Abel, Emile Pottier est né à Lessay dans la Manche, le 9 août 1945, le jour de la Saint Amour. Les trois premiers enfants du couple Pottier, Jean voyant le jour 6 ans plus tard, donneront beaucoup de travail à Mathilde, la mère. Marcel, le père, est fait prisonnier par les Allemands et envoyé dans un camp, en Allemagne. Mais les choses tournent mal. Les conditions de détention sont telles que Marcel Pottier est victime d’un grave ulcère à l’estomac. Malgré l’absence de toute infrastructure médicale, un médecin français sauve la vie de notre homme en annonçant aux Allemands qu’il est atteint par… la tuberculose. Les responsables du camp de prisonniers, prennent peur en raison du risque majeur de contagion que cela représente et renvoient Marcel en France, à l’hôpital militaire de Cherbourg. Mal soignée à cause du manque chronique de médicaments, la maladie se développe rapidement et le père de Jean se retrouve dans un état critique au moment du débarquement. Il est alors sauvé de justesse par un médecin russe (eh oui !). Pour la pieuse mère de Jean, cela relève du miracle et, sans ce médecin, il n’y aurait jamais eu d’avions Pottier. Un an plus tard, Jean voit le jour..

Parcours scolaire

Après avoir suivi un enseignement primaire à l’école communale de Lessay, Jean entre en 6e au collège d’Avranches. Élève appliqué, le collégien suit une filière littéraire jusqu’en classe de Seconde pour ensuite s’orienter vers une branche technique, qui lui convient mieux, au lycée technique de Cherbourg. C’est à cette époque qu’il s’intéresse à l’aéromodélisme et surtout au planeur. La construction de maquettes et de modèles réduits fascine le jeune étudiant.

Premiers pas

En 1960, à seulement 15 ans, Jean dessine son premier avion grandeur, qu’il baptise P 10 ; P pour Pottier et 10 pour désigner le premier appareil d’une future lignée. « Ce premier appareil était un monoplace à ailes basses, avec une structure en bois et toile et un train d’atterrissage classique. C’est probablement le Druine Turbulent qui ressemble le plus au P 10 ». Pour diverses raisons pratiques, statut d’étudiant, manque de moyens financiers et d’atelier, Jean ne peut construire son appareil. Cela dit, cette étude permet à notre homme de réaliser enfin son rêve, dessiner un avion de sa conception. Emporté par ce désir d’étudier et de dessiner des avions, en 1962, Jean dessine alors le P 20. Afin d’étudier une configuration différente du P 10, il se penche sur un autre appareil monoplace mais à aile haute cette fois. Toujours conçue autour d’une structure en bois et toile, cette deuxième étude de Jean Pottier reprend la configuration du célèbre Piper J3 mais en version monoplace.

En 1965, Brevet d’études industrielles en poche, il intègre l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Ville d’Avray, anciennement Lycée technique d’état d’aéronautique, dans la région parisienne. Les week-ends, Jean, de retour dans sa région natale, n’hésite pas parcourir, au guidon de sa valeureuse Mobylette, les 60 kilomètres qui séparent le domicile familial de l’aérodrome de Vauville pour y pratiquer le vol à voile. Il est alors le seul membre de la famille à s’intéresser aux choses de l’air. Il effectue son premier vol le 24 août 1966 sur un planeur C 25S[2].

L’étude du Pétrel

Cette même année, alors que Jean Pottier est toujours étudiant à l’IUT de Ville d’Avray, il décide de dessiner le P 30 Pétrel. Si cette étude est sa troisième, c’est la première fois qu’il donne un nom à son projet. Techniquement, le monoplace Pétrel est doté d’une voilure située entre la position médiane et haute ce qui lui donne des faux-airs de Bölkow 208C Junior ou encore de SNCAC NC 853. Cette machine qui est initialement destinée à être motorisée avec le fameux bicylindre à plat de 650 cc de la Citroën Ami 6, peut également recevoir d’autres motorisations dont les puissances disponibles vont de 25 à 40 ch. Si, à cette époque, notre concepteur dans l’âme n’est toujours pas en mesure de passer à la construction, cette étude du P 30 Pétrel ne sera pas vaine puisqu’en 1993, soit vingt-sept ans plus tard, Jean reprendra ce projet pour réaliser son P 30L Citronnelle. Finalement, on constate que toute étude est toujours instructive pour l’avenir…

Plan P30 Petrel

Plan original du P30 de Jean Pottier

En 1967, il obtient son Brevet de Technicien Supérieur (BTS) en électronique pour suivre, dans la foulée et toujours à l’IUT de Ville d’Avray, une formation d’Agent Technique Principal (ATP) afin d’obtenir une spécialisation en hyperfréquences.

L’arrivée en France des racers, c’est-à-dire des avions monoplaces de course, l’intéresse et le pousse à pratiquer le vol moteur. C’est ainsi que, pendant les grèves de mai 1968, Jean pratique assidûment le vol circulaire en aéromodélisme et commence sa formation de pilote privé avion sur monomoteur biplace Jodel D112 au sein de l’aéro-club les Alcyons, à Saint-Cyr l’École. « C’est d’ailleurs sur la route entre Saint-Cyr et Versailles qu’il est victime d’un accident de la route à la suite d’un « face à face » avec un poids lourd. Il s’en sort avec seulement un bras cassé, mais il a failli mourir d’une septicémie, à l’hôpital, consécutive à une injection avec une seringue infectée. Il racontera plus tard que c’était la nécessité de terminer les plans du Bouvreuil pour M. Sugnaux qui le motiva dans sa volonté de survivre. », souligne Philippe Pottier. Ses études terminées, Jean Pottier est appelé sous les drapeaux en septembre 1968 et incorporé dans l’armée de l’Air, puis affecté sur la base aérienne 705 de Tours.

Pottier medaille aeronautique

Jean Pottier recevant la médaille de l'aéronautique en 1998

Un bilan exceptionnel

Aujourd’hui plus de 400 avions et ULM Pottier, dont 200 en France, volent à travers le monde dans des pays aussi différents que l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, La Yougoslavie, la Hollande, l’Italie, le Royaume-Uni, la Suède, le Luxembourg, la Norvège, le Pologne, la Finlande, la République Tchèque, la Suisse, le Canada et l’Espagne. De l’aile volante au biplan, en passant par des machines allant du monoplace de tourisme au quadriplace de voyage en métal, bois et toile et même matériaux composites, Jean Pottier a touché à tout en matière d’avions, d’ULM et de planeurs. C’est le concepteur français le plus polyvalent de son époque.

On se demande d’ailleurs comment cet homme a pu concevoir autant de machines différentes malgré son travail de cadre supérieur au sein de l’Aérospatiale… Seule Geneviève Pottier connaît son secret : se lever très tôt le matin pour se coucher tôt le lendemain matin… Dormir moins pour travailler plus, voici le secret de ce concepteur éclectique et prolifique. « C’est productif pour les avions, mais pas vraiment adapté à une vie de famille », regrette Geneviève Pottier.